Kokopello, c’est le nom de plume d’Antoine Angé, dessinateur de presse et auteur de BD engagé. À travers ses albums immersifs comme Palais Bourbon ou La Tour de Babel, il explore les coulisses du pouvoir politique, en France et désormais en Europe. Pour Un œil sur l’UE, il nous a raconté son parcours, sa vision de la jeunesse et son rapport à l’Europe.
Qui es-tu, Kokopello ? Et pourquoi ce pseudo ?
Kokopello, c’était mon pseudo sur MSN. À l’origine, ça vient de Kokopelli, un esprit du Sud-Ouest que j’avais vu dans un épisode de Donald Duck. Ça signifie : « ne te prends pas la tête ». Je me le suis approprié. »
Depuis 2018, il signe ce nom pour ses BD documentaires sur la politique, avec une volonté : rendre l’engagement accessible.
D’où vient ton déclic pour faire de la BD engagée ?
« C’est un rêve d’enfant. Mais le vrai déclic, c’était en 2016 : le Brexit, Trump, la désinformation… Je me suis dit qu’il fallait agir. »
Kokopello choisit le dessin pour faire du journalisme de terrain. Une manière de décrypter le monde, sans jamais perdre en pédagogie.
Avec Palais Bourbon, tu as marqué beaucoup de jeunes. Pourquoi montrer l’Assemblée nationale ?
« J’ai suivi une campagne électorale de l’intérieur. Je voulais rendre la politique accessible depuis le terrain, montrer comment ça se passe vraiment. »
Un chiffre marquant : un Français sur deux ne vote pas pour les eurodéputés. Sa bande dessinée aide à combler ce vide.
Pourquoi élargir ton regard à l’Europe ?
« L’Europe paraît lointaine et froide. Mais le jour où la Russie a envahi l’Ukraine, j’étais en reportage. Et là, l’Europe est devenue très concrète. »
Cette expérience l’a poussé à s’immerger dans le fonctionnement de l’Union européenne, pour montrer à quel point elle influence notre quotidien.
Pourquoi les jeunes trouvent-ils l’Europe encore plus distante ?
« On n’en parle pas assez à l’école. Il n’y a pas de temps. Et dans les médias, si Macron n’est pas là, il n’y a pas de caméras. »
« Et puis l’Europe est absente de la pop culture. On a des films et des séries sur la politique française, mais sur l’UE ? Presque rien. »
Il recommande la série Parlement, rare fiction qui montre les institutions européennes avec humour et réalisme.
Est-ce que les jeunes Européens ont des visions très différentes les uns des autres ?
« Oui, et parfois, ça crée des incompréhensions. Les idées nationalistes progressent, même chez les jeunes. Les institutions ont leur part de responsabilité. »
« J’ai vu un journaliste allemand choqué par la mise en scène de Valérie Pécresse dans un musée. Chez lui, les politiciens sont discrets, pas show-off. »
Des anecdotes qui illustrent des décalages culturels importants au sein de l’Union.
Pourquoi représenter les bâtiments européens comme immenses et écrasants ?
« Parce qu’ils le sont. En verre, en acier. Froids, impersonnels. Ça dit quelque chose du rapport qu’on a à l’UE. »
Ce choix graphique montre le sentiment de distance que ressentent de nombreux citoyens, notamment les jeunes.
Est-ce que les jeunes s’intéressent à la politique aujourd’hui ?
« Oui ! Ils s’y intéressent énormément, mais pas de la façon traditionnelle. Ils suivent l’actu sur les réseaux, ils partagent, ils débattent. »
« Tout est politique. Même ceux qui disent ‘je ne m’y intéresse pas’ sont en réalité concernés. »
Quels sujets européens te préoccupent en ce moment ?
« L’Ukraine, bien sûr. J’ai vu des ONG sur le terrain, c’était bouleversant. Et puis la désinformation, le climat, la démocratie… »
« Mais il y a de l’espoir. Des gens comme Frans Timmermans (écologie) font bouger les choses à l’échelle européenne. »
Malgré les crises, Kokopello garde une forme d’optimisme.
Une astuce pour un jeune qui veut mieux comprendre l’Europe ?
« Poussez des portes ! La politique n’est pas si éloignée. Arrêtez de croire que vous n’êtes pas légitimes. Vous avez le droit de comprendre. »
« Informez-vous par petites doses. Les formats comme HugoDécrypte ou Gaspard G sont parfaits pour ça. »
Comment travailles-tu ? Enquête, croquis, immersion ?
« Je prends des notes, je fais des croquis, j’enregistre, je filme. C’est un vrai travail de terrain, comme un journaliste. »
Comment fais-tu pour avoir accès aux coulisses du pouvoir ?
« J’ai eu des contacts qui m’ont ouvert des portes petit à petit. Ce n’est pas facile, mais quand la confiance est là, on peut aller très loin. »
Tu envisages d’utiliser d’autres formats pour vulgariser la politique ?
« J’ai rencontré HugoDécrypte et Gaspard G. Ils font un super boulot. Leur force, c’est de simplifier sans infantiliser. Et ensuite, les jeunes creusent. »
Questions express
- Ton dessin préféré ? La tour de Varsovie dans La Tour de Babel. Elle a pris plusieurs jours à dessiner.
- Une personne politique que tu rêverais de rencontrer ? Poutine ou Trump. Pour le frisson de dessiner quelqu’un qui a marqué l’histoire.
- Une rencontre marquante ? Des agents de l’Assemblée, ces gens de l’ombre passionnés qui font tourner les institutions sans jamais être visibles.
Un dernier mot pour les jeunes Européens ?
« L’Europe peut sembler lointaine, mais elle impacte votre quotidien. Il suffit de s’y pencher un peu pour comprendre. Et c’est passionnant. »
Pour suivre Kokopello :
Rendez-vous sur ses réseaux sociaux ou en librairie avec Palais Bourbon et La Tour de Babel.
Un prochain projet est en cours… mais encore secret.
Agathe Raveneau
